Vous avez pu vous en rendre compte, les Vieux-Gués ne racolent pas : des allées qui coupent des taillis, des bouts de plaine tout de suite refermés, un étang modeste et secret que tels de mes amis qualifieraient de margouillat. Mais je les aime tels qu'ils sont. Les genêts, les ajoncs y fleurissent comme en Bretagne ; les hampes des digitales, comme en Sologne en cette saison, embrument du même rose les talus des forêts. Les petites draves du printemps, leurs menues collerettes rondes, leurs fleurs lilliputiennes, d'un blanc si pur… Je voudrais, si j'étais poète, chanter ce monde au ras de l'herbe où rosissent les fleurs de l'érodium, où les petits soucis des vignes éparpillent leurs gouttes orangées. Jaune, bleu, rouge, mauve, à la bonne heure ! Quelle formule d'ordinateur me toucherait comme ces mots-là ?